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LES CO-INFECTIONS: comprendre la dynamique et l’effet synergique en présence d’agents multiples

by Josianne Bouchard
3 min.
élisabeth

DRE ÉLISABETH CARRIÈRE
Services vétérinaires ambulatoires
Triple-V inc

Lorsqu’on parle de co-infections chez le porc, les principaux agents qui nous viennent en tête sont Mycoplasma hyopneumoniae (MH), l’influenza et le syndrome reproducteur et respiratoire porcin (SRRP). Si nous prenons chacun de ces agents individuellement dans un élevage, les répercussions ne sont souvent pas si importantes du point de vue des signes cliniques, de la mortalité et des coûts associés. Cependant, la combinaison de plusieurs d’entre eux ou la présence de surinfections par des bactéries opportunistes formeront ce qu’on appelle le complexe respiratoire porcin (CRP) et c’est à ce moment que les pertes seront beaucoup plus significatives. Cet article se veut une courte revue des principaux agents ainsi que de leur processus infectieux en vue de mieux comprendre la manière dont ils interagissent et les pistes de solutions qui s’offrent à nous.

Pour ce qui est des signes cliniques, ce sont toutes des maladies qui affectent le système respiratoire, ce qui peut parfois porter à confusion sur le plan de la nature de l’infection. Cependant, la présentation clinique de chacune des maladies comporte certaines nuances importantes à distinguer qui nous aident à établir le bon diagnostic. Elles sont représentées dans le tableau suivant.

PRÉSENTATION CLINIQUE

LÉSIONS MACROSCOPIQUES

En plus de la présentation clinique, les lésions observées à la nécropsie peuvent également nous orienter vers un diagnostic. En premier lieu, il y a les lésions de bronchopneumonie, qui se caractérisent par des zones violacées raffermies et bien délimitées situées en portion cranio-ventrale des poumons. L’influenza et le MH peuvent tous deux être responsables de ces lésions. En second lieu, il y a les lésions de pneumonie interstitielle, qui sont représentées par des poumons d’aspect caoutchouteux et oedémateux. L’ensemble des poumons est affecté, car il s’agit d’un processus systémique (généralisé). Ce type de lésion est caractéristique du SRRP. Finalement, il y a les surinfections bactériennes (ex. : APP, Pasteurella multocida) qui peuvent apparaître sous différentes formes dont des lobes raffermis ou hémorragiques et une présence d’abcès et de pus à la coupe.

PROCESSUS INFECTIEUX

Après avoir fait un survol des principaux signes cliniques et lésions entourant ces trois maladies respiratoires du porc, il est temps de se tourner vers leur processus infectieux.

La porte d’entrée du MH et de l’influenza est la voie oronasale. Un des mécanismes de défense des voies respiratoires est la présence de cils et de cellules à mucus sur les muqueuses de la trachée, des bronches et des bronchioles qui servent à expulser les intrants potentiellement nocifs des voies respiratoires (bactérie, virus, poussière). C’est à cet endroit que le MH et l’influenza vont s’attacher pour ainsi endommager la motilité des cils et nuire à l’expulsion des pathogènes. Une fois que ces pathogènes auront pénétré les voies respiratoires, des globules blancs du système immunitaire seront appelés au lieu de l’agression en engendreront de l’inflammation. Le virus de l’influenza arrêtera de se répliquer après environ une semaine grâce à une réponse immunitaire adéquate, ce qui n’est pas le cas du mycoplasme. En effet, cette bactérie a la capacité de moduler le système immunitaire pour le rendre moins efficace. L’animal ne sera donc pas en mesure de se débarrasser aussi facilement de la bactérie. C’est une occasion idéale pour l’invasion par des agents opportunistes.

Pour ce qui est du SRRP, la voie classique de contamination est également la voie oronasale. Cependant, toute autre voie d’entrée est également possible; c’est simplement la dose minimale infectante qui changera. Une fois que le virus du SRRP a pénétré dans son hôte, il amorce sa réplication. Les cellules cibles du SRRP sont les globules blancs, plus spécifiquement ceux se trouvant dans les poumons. Étant donné que les globules blancs sont répandus partout dans l’organisme, il n’y a pas vraiment de limite pour la dissémination du virus. Lorsqu’une réaction devient généralisée, on parle alors d’un processus septicémique, ce qui ne caractérisait pas le MH et l’influenza. C’est pour cette raison que le SRRP se retrouve dans la plupart des fluides corporels porcins. Le SRRP entraînera la mort des cellules qu’il a infectées, limitant les capacités du système immunitaire à se défendre et créant une réaction inflammatoire au site en question.

BILAN

En résumé, les maladies du complexe respiratoire porcin sollicitent le système immunitaire et le rendent vulnérable et donc plus à risque de colonisation par d’autres agents. Tout cela mis ensemble, on se retrouve avec un effet non pas additif, mais plutôt synergique et supérieur à la somme de deux effets individuels. Les pathogènes bénéficient ainsi des dommages causés par les autres pour être plus virulents et persistants dans l’élevage.

La colonne de droite du tableau suivant tiré d’une étude faite par Haden et al. démontre bien l’impact économique ($/tête) qu’a cet effet synergique lors de la présence d’agents multiples. Par exemple, des infections simples au MH et au SRRP coûtent 6,20 $/tête lorsqu’additionnées, tandis qu’elles coûtent 9,69 $/tête lorsque combinées (soit 1,5 fois plus cher). Il en va de même du SRRP et de l’influenza, avec 8,80 $/tête comparativement à 10,41 $/tête (1,2 fois plus cher). Finalement, le MH et l’influenza ont un coût additionné de 3,86 $/tête comparativement à un coût combiné de 10,12 $/tête (2,6 fois plus cher). Ainsi, dès qu’un deuxième agent s’ajoute au MH, les répercussions économiques tendent à être plus importantes.

PISTES DE SOLUTIONS

L’objectif à court terme est d’avoir un environnement qui est le moins stressant possible pour le système immunitaire. Plusieurs facteurs de régie peuvent être vérifiés (McRebel, ventilation, densité, accès trémie/abreuvoir, etc.). À court et moyen termes, les avenues des antibiotiques et de la vaccination sont à évaluer en fonction des besoins du troupeau. À long terme, il faudra regarder la possibilité et la pertinence d’éradiquer le SRRP et le MH. Cela dépendra de plusieurs facteurs, notamment le type de système, la capacité des bâtiments, la production en bandes ou non ainsi que la proximité des voisins. Si l’éradication est impossible, alors il faudra mettre toutes les chances de son côté pour s’aider ! En résumé, chaque troupeau est unique et comporte ses propres défis. Il faut simplement tenter d’adopter les mesures les plus adaptées à chaque élevage.

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