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RETOUR SUR LE BANFF PORK 2022: LA CLÉ DU SUCCÈS POUR ÊTRE PRODUCTIF EN MATERNITÉ ET POUPONNIÈRE

by Aryann Denis
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GABRIELLE TARDIF, M.Sc.,agr.
Conseillère en production porcine
Agri-Marché inc

Le Banff Pork 2022 s’est tenu les 11, 12 et 13 janvier dernier en formule virtuelle et présentielle. Grâce à la technologie, j’ai pu assister à partir de chez moi aux diverses conférences extrêmement intéressantes au sujet de la production porcine. L’une de ces conférences, donnée par Jessica Law, se nommait « Are your piglets ready to fly the coup? » et portait sur différents éléments en maternité et en pouponnière qui permettent d’assurer une meilleure survie des porcelets et sur l’amélioration de la productivité. Ce ne sont pas nécessairement des éléments nouveaux ou révolutionnaires, mais c’est toujours intéressant de se rappeler ce qui permet d’être productif, de sauver le plus de porcelets possibles et de se rappeler parfois pourquoi on met tant d’effort et de temps sur certaines pratiques en maternité et pouponnière.

LE SOIN DES PORCELETS À LA MATERNITÉ

Tout d’abord, plusieurs éléments en maternité viennent influencer la survie des porcelets en dessous des mères et en pouponnière. Le premier élément à considérer, comme plusieurs le savent, est le colostrum. Comme les porcelets développent leur immunité seulement 3 à 5 semaines suivant leur naissance, il est primordial qu’ils aient accès au colostrum maternel à la naissance puisque celui-ci contient leurs premiers anticorps. La consommation du colostrum par les porcelets devrait se faire 15 minutes après leur naissance, et ils devraient aller téter au moins 3-4 fois la première journée. Le colostrum doit être consommé dans les 18 h suivant la mise bas, car après 18 h, les porcelets perdent leur habileté à absorber les anticorps contenus dans celui-ci. C’est pourquoi, lors de mise bas qui se produisent durant la nuit, il est important de s’assurer dès l’arrivée le matin que tous les porcelets tètent.

Les injections de fer jouent également un rôle majeur dans la survie et la croissance des porcelets. Un porcelet grossit normalement de 5-6 kg en 21 jours, ce qui requiert environ 310 à 380 mg de fer. Une carence en fer chez le porcelet peut causer divers problèmes tels que l’anémie et une hypertrophie cardiaque puisque le cœur compense le manque d’hémoglobine ou d’oxygène dans le sang. Toutefois, trop donner de fer peut aussi mener à une léthargie, une enflure au site d’injection, des convulsions ainsi que des morts subites. Dr. Law ne parlait pas d’âge idéal pour donner le fer, mais on le donne généralement 3 jours suivant la mise bas. Pour ce point, il est important de valider avec votre vétérinaire si la quantité de fer que vous donnez aux porcelets est adéquate et si le moment où vous le donnez est optimal.

Les porcelets, lorsqu’ils naissent, sont mouillés, ont très peu de gras, une peau très mince ainsi qu’un métabolisme lent. Limiter leur perte de chaleur est donc primordial pour assurer leur survie. Dès leur naissance, assécher les porcelets le plus rapidement possible, à l’aide de serviette ou de poudre asséchante, permet de limiter leur perte de chaleur par évaporation. Il n’a pas été spécifié s’il y avait une méthode meilleure que l’autre pour assécher les porcelets, mais on sait que la serviette permet de stimuler le porcelet tout en l’asséchant. Le principe général de ce point est de s’assurer que les porcelets sont secs rapidement. Par la suite, il est important de leur fournir un endroit dans la cage où aller se réchauffer avec lampe chauffante + pad ou matelas chauffant. Il devrait faire 35°C sous la lampe les 3 premiers jours suivant la mise bas. Il est important de mettre un pad ou un matelas sous la lampe chauffante pour limiter la perte de chaleur sous les lattes. Observez le comportement des porcelets, ils vous indiqueront s’ils ont froid ou s’ils sont confortables. Finalement, s’assurer d’une bonne température dans les chambres de mise bas et éviter les courants d’air.

Les adoptions sont parfois nécessaires pour sauver le plus de porcelets possibles. Celles-ci devraient être effectuées dans la même chambre si possible et limitées le plus possible. Les porcelets devraient être bougés une seule fois et privilégier de bouger seulement les porcelets les plus gros et en santé. Finalement, effectuer les adoptions dans le premier 24 h suivant la mise bas, après la prise de colostrum de la mère biologique et le split suckling (s’il y a lieu).

Que faire avec les porcelets plus petits dans une portée où le nombre de porcelets est élevé ? Ce que Dr. Law suggère est de prendre les petits d’une grosse portée et de les placer tous ensemble sur une nouvelle truie, idéalement une P2 ou P3 ayant des petites tétines (plus facile pour la tétée). Elle mentionne aussi que les porcelets plus petits ont généralement un système digestif moins développé, réduisant ainsi leur capacité d’absorber les nutriments qu’ils consomment. Leur fournir une solution de nutriments (mélanges de protéines et de sources d’énergie) leur donne une meilleure chance de survie et plus d’énergie. Dr. Law ne parle pas de poids minimum à la naissance pour assurer une survie du porcelet. Par contre, il a été démontré que de garder des porcelets plus petits que 700 g à la naissance n’est pas rentable puisqu’ils ne se rendent pas à 6 kg au sevrage à 21 jours. Il est donc conseillé d’euthanasier les porcelets plus petits que 700 g.

Un autre élément intéressant à considérer est les porcelets IUGR (intrauterine growth restricted), soit des porcelets qui ont eu moins accès à la circulation sanguine de la truie et aux nutriments de la truie dans l’utérus. Ces porcelets sont généralement les plus petits dans la portée, ont l’air en santé mais ils ont des gros yeux et des « rides » au niveau de la bouche, avec une tête en forme de dôme. Ces porcelets nécessitent plus d’attention en raison des restrictions nutritives dans l’utérus et Dr. Law mentionnait que de leur fournir une solution de dextrose les aide énormément.

Figure 1. Différence entre un porcelet normal et un porcelet IUGR

Finalement, il faut s’assurer de traiter les porcelets qui ont besoin d’être traités et de ne pas s’acharner sur les porcelets qui ont peu de chance de survie. Dr. Law conseille de traiter les porcelets qui ont au moins 50 % de survie et d’euthanasier ceux qui ont moins de 50 % de chance de s’en remettre.

LE CHOIX DES PORCELETS APTES AU SEVRAGE

Le sevrage des porcelets est une étape cruciale et il est important de s’assurer que les porcelets que l’on sèvre seront aptes à survivre à ce stress. Tout d’abord, Dr. Law conseille d’éviter de transporter des porcelets avec de la diarrhée, qu’on voit les côtes avec le ventre vide. S’assurer de traiter les porcelets pour la diarrhée avant le sevrage pour éviter de traîner les problèmes de diarrhée en pouponnière et limiter les contaminations des autres portées dans le transport.

Les porcelets qui ne mangent pas, qui sont de grosseur normale mais qui ont le ventre vide ne devraient pas être envoyées en pouponnière. Idéalement, repérer dans les premiers 4-5 jours suivant la mise bas les porcelets qui ne s’alimentent pas et les euthanasier immédiatement.

Finalement, les porcelets avec problèmes locomoteurs, qui ne semblent pas en santé (poilus, faibles, plus petits que les autres) et ceux qui ont cessé de grossir ne devraient pas être envoyés en pouponnière et devraient être euthanasiés.

L'ARRIVÉE EN POUPONNIÈRE

En pouponnière, plusieurs éléments sont des stresseurs importants et peuvent affecter la productivité de cette étape importante dans la vie du porc. Des éléments comme la température/humidité, la vaccination, l’accès à l’eau et la moulée, le mélange des porcelets, le transport et les pressions d’infections/maladies sont à considérer en pouponnière pour que l’élevage se passe bien.

L’environnement dans lequel les porcelets sont transférés lors du sevrage est extrêmement important, principalement les 10 premiers jours suivant l’arrivée des porcelets. Il faut s’assurer, lors de l’arrivée des porcelets, que la température dans les chambres est déjà adéquate, que les parcs sont bien lavés et secs, que ce n’est pas humide et qu’il n’y a pas de courant d’air.

Pour ce qui est de l’accès à l’eau et la moulée, Dr. Law conseille 1 source d’eau par 10 porcelets et 1 espace trémie par 5 porcelets, mais ces recommandations dépendent du type de source d’eau et de trémie. Il est également intéressant d’observer le pourcentage de porcelets assis, principalement en fin de pouponnière. Si ce pourcentage est élevé, c’est signe que les porcelets manquent d’espace dans les parcs.

Finalement, Dr. Law recommande de faire des parcs de porcelets plus petits au sevrage et de fournir de la moulée au sol et dans les trémies pour quelques jours. Leur fournir une eau avec ajout d’électrolytes ou de protéines solubles à l’entrée et pour quelques jours peut aussi leur donner une meilleure chance de survie, surtout les premiers 24 h après l’entrée où la consommation d’eau est considérable. De plus, nourrir au sol pour les porcelets plus gros ne serait pas vraiment avantageux et on ne devrait pas faire d’autre sélection au niveau de la grosseur, c’est-à-dire que les porcelets moyens et gros devraient être laissés ensemble dans les parcs, seulement faire des parcs de plus petits pour diminuer la compétition.

Pour conclure, la conférence de Dr. Law permettait de cibler des éléments importants à considérer pour la survie des porcelets et la productivité en maternité et en pouponnière.

Si jamais vous avez des questions sur vos pratiques en maternité ou pouponnière, n’hésitez pas à en discuter avec votre conseiller/conseillère Agri-Marché!

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