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LES NOUVELLES MENACES QUI PÈSENT SUR LE MAÏS ET LE SOYA AU QUÉBEC

by Véronique Bouffard
12 min.
vincent-chifflot

VINCENT CHIFFLOT, M.Sc.
Agronome
Bayer Crop Science

Les Webinaires grandes cultures du MAPAQ organisés l’hiver dernier ont attiré de très nombreux participants. Parmi les cinq séances présentées, une d’entre elles traitait de la gestion des ravageurs en grandes cultures. Les différents intervenants ont fait une mise à jour sur les ravageurs en recrudescence comme la chrysomèle des racines du maïs (CRM) ou récemment apparus au Québec comme le ver-gris occidental du haricot (VGOH). Cet article vous propose une revue des informations les plus récentes sur ces nouvelles menaces qui pèsent sur nos cultures. D’autres ravageurs émergents tels que la chrysomèle du haricot (CH) dans le soya et la tache goudronneuse dans le maïs seront aussi évoqués.

RÉSISTANCE DE LA CHRYSOMÈLE DES RACINES DU MAÏS AUX PROTÉINES BT

La CRM n’est pas un problème nouveau au Québec, mais nous avons tous noté plus de dommages et de CRM adultes ces dernières années. Pour  expliquer cette recrudescence de l’insecte, on peut noter une conjonction d’évènements favorables à la CRM dont une série d’étés secs et des hivers plus cléments favorisant sa survie.

Des populations résistantes sont confirmées ou suspectées aux États-Unis, et ce, pour toutes les protéines Bt actuellement disponibles sur le marché. Des dommages importants causés par des larves de CRM aux racines des hybrides Bt ont aussi été observés dans plusieurs comtés de l’Ontario en 2020, ce qui suggère que des populations de CRM ont aussi développé une résistance chez nos proches voisins. L’absence de rotation n’est naturellement pas étrangère au problème.

Quatre protéines Bt CRM existent présentement sur le marché. Trois d’entre elles ont des modes d’action similaires et peuvent induire de la résistance croisée (si la CRM développe une résistance à l’une, elle sera aussi résistante aux deux autres). Heureusement, deux des trois technologies actuellement offertes sur le marché associent des protéines aux modes d’action différents, dont le SmartStax de Bayer.

Au Québec, des suivis sont faits depuis 2018 dans le cadre  d’un projet de recherche du Réseau d’avertissements phytosanitaires (RAP). Pour l’instant, plusieurs cas suspects ont été investigués mais aucun cas de résistance n’est encore confirmé. Il est recommandé d’être proactif et de faire de la prévention. Faire des rotations demeure la manière la plus efficace de lutter contre la CRM. Il ne faut utiliser du maïs Bt que s’il s’agit de maïs en continu, d’autant plus qu’on a observé l’année précédente une présence d’adultes ou des dommages importants. Rappelons aussi que la CRM a une préférence pour les sols lourds.

Bayer Crop Science a annoncé en janvier dernier des avancées majeures permettant la mise en marché du SmartStax PRO, une nouvelle technologie de protection contre la CRM impliquant l’interférence par ARN. Le SmartStax PRO combine trois modes d’action différents contre la CRM, diminuant ainsi la probabilité de voir apparaître une résistance. Cette nouvelle technologie de protection contre la CRM dite de troisième génération sera lancée aux États-Unis en 2022.

Dommages de chrysomèle des racines
Dommages de chrysomèle des racines

LE VER-GRIS OCCIDENTAL DU HARICOT

Le VGOH est de plus en plus présent au Québec, et ce, dans toutes les régions. Originaire du Corn Belt américain (la zone de la « ceinture du maïs »), le VGOH connaît une progression assez fulgurante vers l’est et le nord depuis les années 2000.

L’augmentation des superficies en maïs Bt qui contrôlent la pyrale et le ver de l’épi mais pas le VGOH a pu donner toute la place à ce dernier. Le papillon du VGOH se déplace aussi rapidement sur de grandes distances. Les changements climatiques et des hivers plus doux ont également pu favoriser sa survie à l’hiver. Il a été démontré récemment par des entomologistes du Centre de recherche sur les grains (CÉROM) que le VGOH peut survivre à l’hiver québécois et compléter son cycle vital au Québec. Il y aurait donc des populations de VGOH qui migrent des États-Unis vers le Québec, mais aussi des populations locales. Notons en outre que le VGOH préfère les sols sableux, contrairement à la CRM qui préfère les sols lourds. En plus de réduire sensiblement le nombre de grains sur l’épi, il peut être à l’origine du développement de moisissures et de la production de mycotoxines.

Dommages de VGOH
Dommages de VGOH

Le RAP surveille le VGOH à travers un réseau de pièges (100 sites de piégeages en 2020). Il est possible de traiter le maïs avec un insecticide foliaire sur la base d’observations faites au champ de masses d’oeufs sur les feuilles au-dessus de l’épi et près du stade de la sortie des croix. Les pièges à papillons ne sont qu’un indicateur, car ils n’attirent et ne capturent que les mâles. Seule l’observation de masses d’oeufs ou de larves peut servir de base à un traitement éventuel. Le seuil d’intervention a été fixé à 5 % des plants présentant des masses d’oeufs ou des larves. La Montérégie-Ouest et l’Outaouais sont les deux régions qui ont montré en 2020 le plus de sites dépassant le seuil de 5 %, mais le recours aux insecticides demeure rare même dans ces régions. Une gestion intégrée basée entre autres sur le dépistage est fortement recommandée.

Bayer Crop Science introduit sur le marché depuis 2020 une nouvelle technologie de protection contre le VGOH, le TreceptaTM, qui a reçu plus tôt cette année une autorisation d’exportation vers l’Union européenne. Le maïs TreceptaTM peut donc maintenant être librement semé et récolté tant pour le marché local que pour l’exportation. Le TreceptaTM regroupe une protéine Bt spécifique et létale pour le VGOH, ainsi que les protéines de la technologie VT Double PRO pour une protection intégrale contre les chenilles qui s’attaquent aux épis. Le rendement est globalement préservé, de même que la qualité du grain (potentiellement moins de moisissures sur l’épi et de mycotoxines).

LA CHRYSOMÈLE DU HARICOT

La chrysomèle du haricot (CH) est un insecte qui prend de l’ampleur au Québec. Ce coléoptère affectionne les légumineuses et tout particulièrement le soya. Les premiers dommages de la CH ont été rapportés au RAP en 2018. Pour l’instant, on la retrouve principalement en Montérégie et un peu dans Lanaudière. Elle hiberne au Québec essentiellement dans les sous-bois. La CH se nourrit des feuilles et de la surface des gousses du soya mais pas de l’intérieur de ces dernières. Elle peut donc occasionner de la défoliation et une perte de qualité des grains. Il n’y a pas encore de seuil d’intervention établi au Québec mais si l’on prend celui de l’Ontario, les dépistages effectués en 2020 par le RAP ne montrent pas de dépassement. Notons en outre que la CH est un très bon vecteur de transmission du virus de la marbrure des gousses du haricot (BPMV), qui n’a pas encore été diagnostiqué au Québec mais qui est présent en Ontario. La CH est sous surveillance depuis 2019 au Québec et plusieurs projets de recherche sont en cours pour établir un seuil d’intervention et mettre en place des stratégies de lutte efficaces. Aucune technologie Bt ne permet de la contrôler et il est prématuré selon les chercheurs de recommander des insecticides. Le recours aux ennemis naturels de la CH pourrait être une piste de solution.
Chrysomle du haricot (Crédit photo : Stéphane Myre, agr.)

LA TACHE GOUDRONNEUSE DU MAÏS

Finissons cette revue des nouveaux ravageurs en grandes cultures avec la tache goudronneuse du maïs. La présence de cette maladie foliaire a été confirmée pour la première fois en Ontario en 2020 alors que ce n’est qu’en 2015 qu’elle a fait son apparition aux États-Unis. Elle n’a pas encore été diagnostiquée au Québec, mais on peut constater à quel point sa progression a été rapide. Très ressemblante à la rouille, la tache goudronneuse est visible sous forme de petits points noirs boursouflés disséminés sur les deux faces des feuilles. Comme pour la plupart des champignons du maïs, la rotation des cultures et un travail adéquat du sol pour enfouir les résidus sont deux pratiques de gestion qui permettent de réduire l’incidence de la maladie. Aucun fongicide n’est actuellement homologué au Canada pour lutter contre la tache goudronneuse du maïs.

Tache goudronneuse (Crédit photo : Bob Thirlwall)

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